Notre rencontre avec Cuba, restera un moment inoubliable, une découverte de l'autre et de soi même, une semaine où tous nos repères sont effacés, et en dehors du temps.
Un contraste et un paradoxe déconcertant.
Cette Île..., ce continent même, pour nous Saint Martinoises !!! Où une personne, une image, un tableau, à tous jamais reste gravé dans nos mémoires, lié à une joie et des émotions inattendues.
Nous avions comme mission, en plus de visiter Cuba pour la première fois.. d'aller à la rencontre de peintres et de leurs peintures, circuit humain et culturel organisé par Pascal...de joindre l'utile à l'agréable dirait on.
Accompagnées pour ce, de notre vieux Guide du Routard de 2001, je ne vous le conseille pas ! Evidemment un peu désuet !!!
1er jour à Cuba, En dehors de cette jolie vue, que la chambre de l' hôtel nous offrait sur le Maleçon, ce long et fin renfort de béton, frontière entre terre est mer, qui devient à la nuit tombée et ce jusqu'au matin, le haut lieu des amoureux, de la jeunesse cubaine qui s'ennuie sans motivation aucune , ainsi que les promeneurs
...

Nos premières heures furent assez chaotiques, le gris, la pluie..., La Havane, l'intimité étouffante de cette vielle espagnole ridées, aux vieilles dentelles usées, fades, aux fenêtres rapiécées, sans oublier cette odeur douceâtre et inconnue qui nous poursuivait.
Cette ville ou l'embargo, prend pour nous, sa première dimension réductrice, les restrictions et interdictions alimentaires, les boutiques ouvertes mais vide de tout, l'huile denrée rare vendue au verre....cette imprimerie d'un autre âge.
Cette vieille dame, cassée pas les années, qui vous déchire lorsqu'elle vient vous mendier "tiene savon, lapiz, shampoo ?"
Cette sensation d'être une proie, le "touriste". Et c'était le cas !!!
On a pu constater que le Cubain est le roi du système "D"... sans conteste !!
Cuba île ou la liberté n'a pas sa place, ou les cubains ne possédant rien, travaillant pour rien, paraissent comme fatigués par l'histoire, hypnotisés par une propagande omniprésente.
Cela nous est apparu plus tard, encore plus dur, et injuste dans les campagnes, sur notre longue route jusqu'a Sancti Spiritus.
On fût à ce moment là, Nicaise et moi envahies d'une étourdissante vague d'émotions fortes, de tristesse et de douleur, ...et là on s'est dit ....
Non c'est pas possible !!!
Et puis soudainement, La Havane se farde de jolies façades colorées ou recolorées, de verdure, de fenêtres décorées, où circulent ces belles et vieilles voitures américaines, patrimoine de l'Humanité, des sourires, de jolis gens bien vêtus, au coin d'une rue une diseuse de bonne aventure tout en blanc, fumant un gros cigare.
Des musiciens qui vous font balancer la tête,les épaules puis tous le corps au rythme des congas et maracas , les cubaines ultra sexy, portant des collants si si !!!
De vieux hôtels de Luxe, ces Must démodés, d'un service d'une sobriété déconcertante.
A La havane le kitch et le rococo se mêlent à merveille, ses rues de petits palais, bijoux scintillants de l'époque coloniale, attestent de la grande richesse passée et présente de Cuba, et cela suivi de quartiers aux immeubles de béton très modernes.
Pressées par le temps, nous respectons notre programme, notre mission, nos rendez vous....hola taxi....!!! hola buenas ....et là commence les rencontres magiques avec les artistes peintres et les peintures, sélectionnés par Pascal
Des rencontres inattendues, chaleureuses, pleines de générosité, d'humilité, de vérité et sincérité éclatantes qui réchauffe le coeur et vous font faire le plein de bonnes émotions.
Ce petit café offert en guise de bienvenue....n'est ce pas Nicaise !! toi qui ne bois pas de café...je ne t'ai jamais entendu dire non !
Partout nous avons été accueillies comme des petites reines, parlant tantôt espagnol, tantôt anglais, sans importance..., car la connexion était établie et on étaient tous sur la même longueur d'onde...la peinture Cubaine....
Colorées, presque musicale et sa symbolique....riche, opulente, entraînant à une réflexion profonde sur la condition de l'autre et de soi même, cette liberté inexistante et pourtant si belle et si bien exprimée sous le poids des pinceaux , le voyage toujours présent, avec ce petit bateau de papier dans un coin de tableau..... La musique bien sûr, première muse du peintre cubain, le système "D" et le recyclage de tout.
Souvent des représentations enfantines et féériques, le monde du rêve se substitue à la réalité, pour nous montrer la dureté de la vie cubaine sans nous agresser ou peut être, et c'est ce que moi j'ai ressenti à un certain moment, pour montrer une Cuba prête à éclore et renaître pour une nouvelle vie, riche d'une histoire lourde et unique.
Cette horloge peinte, qui toujours, marque de ses aiguilles, l'attente...les longues journées, mois et années, le cubain est d'une patience extraordinaire.
Le poids du régime en place, exerçant sa dominance par la force et le nombre, prend de nombreuses formes sous les doigts du peintre et s'exprime avec une extrême intelligence.
Ces symboliques fortes et tant d'autres, nous les avons retrouvées très présentes et indissociables de l'artisanat et de la peinture cubaine, comme ces bijoux, bagues et bracelets, fabriqués avec des cuillères et des fourchettes, rappelant le rationnement, que l'alimentation peu variée à Cuba, est encore aujourd'hui un soucis de tous les jours. Tout amène à la réflexion ...
C'est le 4ème jour, nous partons pour Sanctis spiritus, à 6 heures de la Havane, cette interminable route ensoleillée noyée dans une splendide palette de vert, où nous croisons tant de Cubains attendant, en quête d'un stop, allant à pieds, à cheval......, les problèmes de transport nous les comprenons là, sur cette route.

Des centaines de personnes attendent patiemment, j'avoue j'ai tourné la tête parfois pour que ma gorge ne serre pas encore une fois, car nous ne nous arrêterions pas.....et là, chaque paysage nous rappellent un tableaux, vue quelques heures auparavant, c' était un régal pour les yeux, notre ami et chauffeur riait de nous voir émerveillées par les grands arbres et les rivières, dire " y a de l'eau" , en extase devant ces grandes prairies avec du vert et encore du vert et soudain un flamboyant éclatant rouge, comme un feu d'artifice, des champs d'orangers et de manguiers... Les rivières, les rios, les plages...la ville de Cienfuego, et les + de 400 ans d'histoire de la ville de Trinidad de Cuba où flotte dans l'air un sentiment de repentir, de calme, et d'apaisement....Le soleil était écrasant !
Ouf... Un paradis ou un semblant de paradis !! Une prison dorée...
Là encore Sancti Spiritus nous préparait à une rencontre inoubliable, un contact humain simple et facile devenu rare par chez nous, de nos jours.
Nous avons passé la nuit dans cette petite ville, chez l'habitant, merci Anna pour cet accueil, nous avons passé quelques heures sur cette place "El parqueté central" au milieu d'une foule de personne n'ayant rien d'autre à faire que de palabrer....Nous sommes, nous aussi restées sur un banc à nous raconter nos vies, à être étonnées et apprendre des habitudes de chacun.
Évidemment nous avons rencontré là encore un de ces peintres qui illustre si bien son île et ses habitants et qui nous a donné tellement que nous ne tarissions pas de " gracias"...touchées et émues.
Sur la route du retour, toujours ses paysages hallucinants, ses grandes montagnes, grandes dames qui traversent les nuages, notre Pic Paradis n'est qu'une petite collinette à côté.
Durant encore 6 heures, toujours ses longues conversations avec notre nouvel ami, nous étions avide de tout savoir, ce jusqu'au retour à La Havane où nous attendait notre dernière merveilleuse soirée, en bien charmante compagnie.
Cette si gentille famille, de laquelle durant quelque heure nous avons eu le sentiment de faire partie avec bonheur...
Vers 23h notre hôte dévoué à nous faire plaisir, nous déposait devant "la Casa de la Musica" et deux heures durant, devant une bière locale" la Cristal", nous avons regardé les couples cubains s'enflammer au rythme de la salsa, jouée par "Pipa's y los son son".
La musique était forte, bien trop forte pour nous, après tant d'heures de route.
Le poids de la fatigue nous ramène vers l'hôtel, où 2 heures durant nous avons fait nos valises, le coeur serré et la tête pleine....C'était la fin de notre semaine à Cuba.

Le lendemain matin, nous quittions le Maleçon, pour l'aéroport, contente de rentrer chez soit et triste en même temps de partir si vite.....
Direction Montego Bay, Jamaïque.
A Montego Bay, je pense que nous étions fatiguées, moi assurément, et notre unique obsession durant la première heure, après être passées devant un Burger King, était de manger un Hamburger, du goût, du sel, du ketchup-mayo, bacon......terrible !!, évidement s'en est suivie une bonne sieste !!
Vers 20h00 nous sortons de notre chambre ultra climatisée, pour prendre un bain chaud dans cette petite rue longeant le bord de mer, attention on roule à gauche en Jamaïque, heureusement que nous avons pas pris la voiture de location, je n'aurais pas pu conduire sans causer un accident...
Notre rencontre avec Jimmy Buffet, son resto, sa musique "country caribéenne", sea, sex and sun, très rigolo.
Une autre musique nous attire au Casino sur le trottoir d'en face, où nous jouons quelques Dollars US.
De retour à la chambre, il n'a pas fallut nous bercer !
Le lendemain, Montego Bay, Kingston, Kingston, Saint Martin, la maison......., bien sûr Pascal était là, il nous attendait.
Ce que je retiens de Cuba et pourquoi j'y retournerai : un paradoxe incroyable, une vie pleine de contractions, de contrastes, de lumières, de couleurs éclatantes, un attachement, peut être du fait que nous sommes entre latin, un regard insolent et charmeur, des hommes et femmes de coeur et je crois que Nicaise et moi, y avons laissé un petit bout du notre....
Sophie