
"Horse 06" par Fernando Botero.
L’artiste colombien Fernando Botero prend d’assaut le Lustgarten. A la manière des immenses expositions qui ont eu lieu à Tokyo, New York ou encore Paris, 15 de ses géantes et voluptueuses sculptures seront exposées pour le plaisir des passants du 25 septembre au 25 novembre 2007. Ses Danseurs et sa Femme allongée dévoileront leurs rondeurs monumentales, opposées aux critères esthétiques contemporains, choqueront avant de séduire. Seule son œuvre Horse 06 sera placée, à la demande expresse de l’artiste, en face de la porte de Brandebourg. Symbole du mouvement et du départ, le cheval de Botero rivalisera avec le quadrige, sculpture en bronze située sur la porte.
Bien que son nom soit lié à un style immédiatement identifiable, Botero prétend n’avoir aucune réelle symbolique dans son art, si ce n’est qu’il « aime les énormes tailles ». Mais ce n’est pas qu’une simple question de disproportion. L’artiste aime exprimer une volupté qui est avant tout symbole « d’érotisme et de sensualité ». Elle appelle au contact, et c’est surement ce qui fait que ses bronzes font partie des œuvres les plus touchées dans le milieu de l’art.
L’exposition berlinoise est un des nombreux hommages rendus cette année à travers le monde à l’artiste qui fête ses 75 ans. Pour les célébrer, son ami de longue date, le réalisateur allemand Peter Schamoni a suivi Botero durant des mois. Dans le film intitulé The Turn-around Colombus – initialement prévu avec le titre Bravo Botero – ce grand réalisateur de documentaires et longs métrages, Ours d’argent en 1966 au festival de Berlin, dévoile avec une omniprésence pudique aussi bien l’artiste que l’homme. « J’ai suivi un ami et je voulais filmer toute sa vie. Ne rien perdre. J’aime son travail et son humour. Mais Botero ne veut pas juste créer. Il veut avant tout fabriquer son propre univers, son propre cirque ». Si l’artiste est grand, l’homme apparait touchant. Botero se confie et son œuvre s’explique. Il paraît ému devant sa sculpture de l’oiseau, placée à Medellín, sa ville natale, que des terroristes ont faite explosée en 1995. Il y a eu alors 22 morts et plus d’une centaine de blessés. Une année auparavant, il avait échappé de justesse à une tentative d’enlèvement à Bogotá et, 10 ans plus tard, il découvre avec horreur les photos des tortures de la prison d’Abou Ghraib en Irak. Son sang ne fait qu’un tour. Il laisse alors sa colère et son dégoût se répandre grâce au dessin. Il s’implique, se positionne et s’exprime comme jamais. Certes, ses personnages sont toujours ronds mais leurs postures traduisent la violence et l’humiliation. L’ironie et la joie ont disparu de ses toiles pour laisser place au sang et à la souffrance. La totalité de ce travail fut exposée pour la première fois en 2005 au musée du Palazzo Venezia à Rome.
Vivant entre Paris, New York, Monte Carlo et Pietrasanta en Toscane, loin d´une Colombie désormais bien trop dangereuse pour lui, Botero fait une escale à Berlin, et ce pour notre plus grand bonheur.
Au Lustgarten à Berlin, organisé par l’Ambassade de Colombie avec le soutien de la Galerie Thomas Munich et d’Allianz Assurance, du 25 septembre au 25 novembre, gratuit.
Letizia Mariotti (La Gazette de Berlin)